Règles de base de l’herboristerie appliquée

« Plus tu as besoin de la nature, mieux tu apprends à la connaître et à l’employer judicieusement »

Adage populaire

Rappel des rudiments et évidences…

Rebonjour, voici un autre aperçu de ma vision simple de l’herboristerie traditionnelle telle que je l’ai apprise et pratiquée depuis 40 ans.

À vous de faire la part des choses et de vérifier avec vos propres expériences et votre bon jugement. Les modèles inspirants et abondance de plantes ne manquant pas dans votre si joli pays à la flore si diversifiée, sont à utiliser plus que jamais à la veille de l’hiver et en ces temps si tourmentés !

 1) Qu’est-ce que l’herboristerie ?

C’est un art de guérir millénaire, accessible et économique, transmis et utilisé en priorité pour soigner dans le monde entier, surtout dans l’hémisphère sud, et encore aujourd’hui employé par quatre individus sur cinq, sous une forme ou une autre…

L’herboristerie est en lien avec tous les domaines vitaux de l’existence humaine : l’agriculture, la culture, la biologie, la botanique, la diététique, l’écologie, l’éducation, l’éthique, l’histoire, la médecine, la philosophie, la politique et même la spiritualité. Comme disait ce cher JHW von Goethe : «  Il n’existe rien dans la nature qui ne soit en relation avec le Tout. `

2) Qu’est-ce qu’un herboriste professionnel au Canada?

C’est une personne qualifiée par des années d’études et d’expérience, qui connaît intimement les plantes médicinales, qui sait les reconnaître, les recommander, les transformer et les utiliser adéquatement, contrairement à la France où le diplôme d’herboriste a été supprimé depuis la dernière guerre mondiale.

 

Au Canada, un herboriste thérapeute accrédité doit avoir à son actif au moins quatre ans d’études dans le domaine et deux années de suivis cliniques pour être accréditée par des formateurs d’expérience lors d’un long examen écrit et oral.

La Guilde des herboristes du Québec est une association active depuis 25 ans, non commerciale ni partisane, qui regroupe 400 herboristes de tous les horizons à travers toute la province et même d’autres contrées francophones. En fait, vu la carence de médecins et la prudence des herboristes, la profession est tolérée mais pas encore reconnue dans les faits.

Notre but est d’informer la population sur les plantes médicinales et de guider les intéressés vers une formation connexe ou encore un herboriste compétent de votre région.

Infos :  www. guildedesherboristes.org

Règles pratiques, simples et très concrètes sur le bon usage des plantes qui soignent

Premièrement : Comment et quand cueillir les plantes ?

Chacune en son temps propice, et pour cela il faut les connaître individuellement, mais les plantes se cueillent toujours une journée ensoleillée, après que la rosée a séché, vers 10-12 heures, chaque partie au bon moment.

Les bourgeons, écorces, gommes et résines se cueillent tôt au printemps, durant la montée de la sève.

Les feuilles se cueillent dès leur apparition, sélectivement, celles des extrémités supérieures en premier. Les fleurs sont sélectionnées les journées sèches, autour du zénith, juste avant leur éclosion totale. Les fruits se cueillent mûris à point au soleil, au plus beau de leur couleur et saveur. Les graines se grappillent quand elles se détachent et se donnent d’elles-mêmes, déjà prêtes à se reproduire ou à sommeiller sous terre jusqu’au printemps revitalisant.

La plupart des racines se déterrent en automne, quand l’essentiel des parties aériennes a disparu ou éventuellement tôt au printemps avant la montée de la sève.

Comme me l’a enseigné ma mentor Danièle Laberge : « Pour prétendre bien connaître une plante, il faut l’avoir connue et observée durant toute sa croissance, de la graine à la graine. « 

Comment utiliser au mieux et en toute saison les végétaux médicinaux ?

Pas si sorcier (ière) que ça !

Par ordre d’efficacité et d’accessibilité

* La plante fraîche : directement cueillie en nature ou au jardin, mâchée telle quelle sur place, sinon rincée et préparée en jus, en salade, en trempette, sauce froide ou en salade, pour garder le maximum de vitalité et de vitamines. S’applique surtout aux feuilles les plus douces et tendres, au printemps (chiendent, pissenlit, plantain, oseille, patience etc.)

 

*En décoction (de l’anglais de-cook) : Prendre la partie active de la plante fraîchement cueillie, la rincer et l’immerger dans l’eau froide et laisser mijoter à feu doux 3-4 mn, laisser infuser 5 mn et filtrer.

Aussi, de laisser préalablement tremper, avant ou après la brève ébullition, surtout les écorces, racines hors saison et même les feuilles coriaces, abrégera le temps de cuisson. Ce procédé est surtout utile à rompre la barrière de cellulose ou lignine et augmentera arômes, enzymes, vitamines et autres antioxydants.

N’ayant pas les quatre panses des herbivores-ruminants, il nous fallait trouver des stratagèmes pour mieux assimiler et digérer les plantes et leur nutriment.

Quoi qu’en disent les crudivores, la maîtrise du feu a prolongé notre espérance de vie !

* L’infusion ou tisane, procédé le plus connu, est faite avec la plante bien séchée, d’une à trois semaines, à l’abri de la lumière, accrochée en bouquets dans un sac de papier kraft, ou retournée régulièrement, étalée sur un linge propre ou du papier uni.

 La plante séchée doit être conservée dans un pot de verre étiqueté, à l’abri de la lumière.

Une tisane se fait avec l’équivalent d’une cuillère à thé rase de la plante séchée, exception faite pour les graines, racines, celles riches en alcaloïdes et les amères, plus concentrées en principes actifs.

Les plantes sèches se gardent un an et se récoltent chaque année, comme le Bon Dieu et Mère Nature nous les offrent. Ainsi, au cœur de l’hiver, vous dégusterez avec bonheur vos bonnes infusions de plantes récoltées l’été de la même année, ramassées au jardin ou dans le pré. Évidemment les plus fraîches, entières et aromatiques seront les plus goûteuses et les plus efficaces.

Si vous vous êtes raté celles de la belle saison chaude, achetez-les en vrac à votre magasin d’aliments naturels, certifiées bio et si possible issues de la province. Une théière et une passoire sont des accessoires essentiels mais bien investis, les sachets (blanchis au chlore) étant souvent faits de poudre d’herbes importées, dévitalisées et irradiées, et reviennent cinq fois plus cher que les plantes en vrac.

Une bonne idée cadeau pour les fêtes : achetez ou mieux cueillez et séchez de bonnes plantes bio, faites un mélange approprié présenté dans un joli pot de verre avec étiquette colorée et personnalisée, la plupart des personnes vont apprécier la qualité ainsi que les effets bienfaisants.

* Les huiles médicinales se font comme les teintures-mères, sauf que le solvant est une huile (Canola, olive, sésame, bio bien sûr,) et qu’on utilise en général les plantes séchées (sauf pour les fleurs de calendule, millepertuis, roses…). Macérées et filtrées au bout d’un mois, on peut solidifier l’huile sous forme d’onguent ou cérat, en la diluant dans 1/5 du volume de cire d’abeille chauffée au bain-marie. 

Pour en prolonger la conservation, ajouter quelques gouttes d’huile essentielle durant l’émulsion, qu’on versera dans de petits pots de verre teinté avant de les étiqueter une fois refroidis.

* La teinture-mère : Cueillir sélectivement et soigneusement les parties actives de la plante par temps sec, au besoin ébrancher et les couvrir du double du solvant choisi.

Les broyer grossièrement (30 secondes dans un bon hachoir ou robot, plus longtemps dans le traditionnel mortier. Laisser macérer durant un mois (ou une lune) dans un pot Masson avec un couvercle de plastique alimentaire. Il est important d’étiqueter le pot et d’ajouter le nom de la plante, l’endroit et la date de la cueillette. Remuer aux deux jours, surtout au début, pour éviter que les plantes ne surnagent et ne s’oxydent. Filtrer soigneusement, sans trop presser les plantes, dans une fine passoire de plastique ou un coton à fromage. Rincer le pot à l’eau bouillante et remettre le liquide filtré dans le même pot qui se garde dans une pièce sèche, à l’abri de la lumière, dans un placard.

En consommer en cure périodique de 10 jours à un mois, 10 gouttes 3 x par jour dans 1/2 verre d’eau en cure classique, avant les repas ou en crise de 3 à 5 gouttes à l’heure, selon l’âge et l’affection à traiter.

Question classique : quelles sont les différences entre les solvants ?

* Le vinaigre de cidre de pomme biologique extrait le mieux les alcaloïdes, tanins et minéraux et alcalinise tous les systèmes et n’irrite pas le foie (hélas, déclaré illégal pour le commerce par Santé-Canada car pas assez stable !)

* Le vin blanc sec extrait bien les vitamines, enzymes, flavonoïdes, mucilages et les vitamines hydrosolubles.

* L’alcool blanc (gin, vodka, alcools de grains de 40 à 90%) solubilise mieux les vitamines liposolubles, les huiles essentielles et les tanins, mais neutralise les enzymes et anthocyanines.

En général, les teintures-mères au vinaigre et au vin restent actives de 2 à 3 ans, celles préparées dans l’alcool jusqu’à cinq ans.

Bon constat néanmoins : la plupart des principes actifs des plantes sont hydrosolubles, même dans la salive, donc vive les jus, salades, décoctions et infusions, néanmoins avalées l’estomac vide, pour mieux se diffuser dans tous les organes et circuits via nos intestins !

onguent maison

Attention : Ceci constitue un résumé simplifié des règles générales et l’herboristerie traditionnelle, chaque plante ayant ses spécificités et chaque herboriste ses recettes. 

Les plus précises, les galéniques familières aux pharmaciens, sont celles où on spécifie les ratios au gramme par centilitre, les plus empiriques se mesurent au volume (poignée, pincée, tasse …), mais ne sont pas non plus toujours fausses ou dangereuses. Un bon guide et l’expérience vous aideront à bien doser.

Les plantes médicinales peuvent également s’employer en cuisine comme aromate d’assaisonnement, bouillon, consommé, potage, sauce, sel aux herbes, en pastilles, en sirop etc. Pour l’usage externe : en concentré dans le bain, en compresses, en dentifrice, en poudre, en lotions, en encens, en huile essentielle et/ou végétale aux herbes, en pastilles, en sirop et même en lavement !

Pour aller plus loin dans l’exploration de ce vaste domaine si fourni, si fleuri….

Évidemment, pour approfondir ses connaissances et expériences, parfois dosé à la graine ou au milligramme près, informez-vous plus avant. C’est facile, surtout en nos pays nantis où cette science est facilement accessible par les livres, et il en existe des milliers sur le sujet, les infos sur le web ou mieux encore, dans un cours pratique ou une formation appropriée avec un (e) ou des herboristes phytothérapeutes d’expérience !

Assurément, si elles sont bien élevées, cueillies, choisies et adéquatement utilisées par des herboristes ou herbologues-philes, amateurs mais consciencieux, les plantes ont depuis toujours et à jamais, des effets salutaires pour notre santé et nos vies.

C’est Anny Schneider, autrice et herboriste d’expérience, qui l’affirme, l’écrit et le répète sans s’éssoufler !

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Un nouveau livre de réfèrence en aromathérapie

Comme je vous l’ai annoncé la semaine dernière, le livre «  l’Aromathérapie est ses alliés naturels » sortira en librairie le 9 novembre.

Pour le commander avant sa sortie en librairie, contactez moi par e mail conseilsphytoaroma@gmail.com ou aller sur la page du site “ livre des auteurs “

Pour vous donner envie de lire, voici un extrait du communiqué de Presse des éditions Terran.

Ce guide pratique vous donnera les moyens de comprendre et d’utiliser efficacement et en toute sécurité les huiles essentielles, les plantes médicinales, les bourgeons et les produits de la ruche, associés ou non aux médicaments de synthèse. Il s’adresse aux particuliers souhaitant par une approche simple étendre leurs connaissances, et aux professionnels et étudiants du monde médical recherchant un conseil précis clé en mains en aroma-api-phyto et gemmothérapies.

Les auteures proposent des outils afin que vous vous les appropriiez pour vous permettre de vivre en bonne santé. Elles mettent à votre disposition :

– Des fiches conseils pour plus de 100 pathologies du quotidien, détaillées et pertinentes.

– Des fiches pour 60 huiles essentielles, leur chimie et leurs activités sous forme de schémas, des aromabox indispensables pour traiter au plus vite.

Les points forts :

Un livre de référence en aromathérapie et ses alliés naturels : plantes médicinales, bourgeons, produits de la ruche. 

Des conseils pratiques sous forme de fiches complètes, didactiques, précises et compréhensibles pour tous.

Des descriptions complètes d’huiles essentielles courantes, un tableau-résumé des actions de chacune.

Préface du docteur Jean-Michel Morel

Les auteures :

Pharmacienne en officine puis experte en phyto-aromathérapie depuis une quinzaine d’années, Claudie Bourry est chargée de cours aux facultés de pharmacie de Toulouse et Limoges auprès des quatrièmes années et des étudiants en DU de phytothérapie. Elle a enseigné à l’École lyonnaise des plantes et à l’EIBE, et anime des stages de rando florale associée à des ateliers phyto-, aroma-, gemmo- et apithérapie.

Docteure en pharmacie, herboriste depuis plus de trente ans, experte en aromathérapie, Laurence Lebrun partage sa passion pour les plantes médicinales et les huiles essentielles auprès du grand public en donnant des conférences, des ateliers et des articles sur le blog http://www.conseilsphytoaroma.com

Bonne lecture

Laurence

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Ça y est il vient d’arriver

Enfin je l’ai dans les mains, il est magnifique, je suis comblée. Contactez moi en message privé pour le commander.

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GESTION DU STRESS : Ho’Oponopono et Aromathérapie

 

Apprenez à gérer votre stress lors d’un atelier pratique qui se tiendra à Die samedi le 17 octobre.  Possiblement… reporté à une date ultérieure! 

Annulé à cause des nouvelles mesures restrictives COVID

En ces temps anxiogènes et perturbés, une belle occasion pour se relaxer et retrouver un peu de zénitude.

Venez nombreux, on vous attends.

Laurence et Diane

 

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Ça s’en vient …

Non, non pas la deuxième vague comme nous l’entendons à longueur de journée par les médias, mais la première impression du livre sur l’Aromathérapie et ses alliés naturels que mon amie Claudie Bourry et moi même avons écrit à 4 mains.

Pour en savoir un peu plus voici le communiqué de presse et vous donner envie de le découvrir.

Pour les précommandes de livres dédicacés, écrivez moi sur mon e mail : conseilsphytoaroma@gmail.com

Je vous donnerai plus de détails concernant le prix de vente et les frais de port

Merci

Laurence

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Huile essentielle de Buplèvre ligneux

Une huile essentielle peu connue mais qui par ses propriétés remarquables ( antiinflammatoires , antalgiques et détoxifiantes) sera d’un grand secours pour les sportifs et les dépendants au tabac.

Bonne lecture

Sophie

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Écologie et interdépendance des êtres vivants

«  ll n’existe rien dans la nature qui ne soit en relation avec le tout. « 

Johann Wolfgang Von Goethe, poète, romancier et grand amoureux des plantes:

Quand je suis arrivée au Québec il y a presque 40 ans, je m’attendais à me retrouver dans une immense forêt sertie de lacs bleu limpide à l’infini.

 J’ai été consternée de voir ces enfilades de routes et bâtiments gris entrecoupés de forets très jeunes et peu étendues, de bouleaux et peupliers survivants.

Vers le nord de la province, c’est encore partiellement vrai, la forêt est dense et souveraine, mais les coupes à blanc continuent de faire rage et génèrent d’immenses clairières décapées ou courent quelques chevreuils affolés. Comme partout sur la planète, la biodiversité est très menacée et les outils de notre Materia medica d’herboristes rétrécit comme peau de chagrin.

Crédit photo Anny Schneider  » friche rasée »

La vérité sur l’état actuel de la forêt canadienne

Faits et chiffres sur nos écosystèmes proches

La forêt canadienne est parmi la plus étendue au monde, après celle de la Russie et du Brésil. Elle fait 5000 kms de large et couvre 310 millions d’hectares! Au-delà de ses 440 espèces de plantes et de ses 80 sortes d’arbres typiques de la forêt nordique, la forêt boréale est l’habitat de 125 espèces de mammifères et 10 00 sortes d’insectes, en plus d’être le site de reproduction en été pour des centaines d’espèces d’oiseaux nicheurs.

Au Canada, autour de 12% du territoire est protégé, Grand Nord compris, au Québec au complet à peine 10.5%, en ce début 2020. Nous sommes loin des objectifs de Rio ou Kyoto qui recommandait 20%, et du gouvernement du Québec qui promet depuis deux décennies le minimum de 17% pour assurer la viabilité des espèces indigènes!

Le fait est que l’être humain, outre les oiseaux, a fait voyager les plantes plus que tout être vivant, en même temps que son espèce, avec des variétés médicinales et nutritives désormais réparties partout, selon la latitude et les écosystèmes.

Au Sud du Québec, dans la vallée du St Laurent, la plus peuplée du Québec, 70% de toutes les plantes sont des importées naturalisées. La plupart sont, certes, loin d’être inutiles, comme par exemple le plantain, le pissenlit ou le trèfle rouge. Cette proportion est largement inversée dans le nord et la forêt boréale avec les plantes indigènes qui y dominent, celles d’origine millénaire, croissant dans les marais et les forêts, écosystèmes originels relativement intouchés, qui se font de plus en plus rares au sud, hélas!

Je rappelle que les tourbières ou marais et les forêts âgées sont les seuls habitats naturels des plantes indigènes, d’où ma préoccupation pour leur situation précaire.

En Amérique du Nord, depuis 200 ans, 85% des marais ont été asséchés et leur état constitue un enjeu majeur de la préservation de la biodiversité du territoire, la flore en premier.

L’importance des tourbières comme habitat pour la flore et la faune a été démontrée. Dans un contexte paysager souvent dominé par l’agriculture intensive, elles demeurent parfois les seuls habitats naturels intacts et susceptibles d’abriter non seulement les espèces qui y sont généralement associées, mais aussi un grand nombre d’espèces de plantes forestières et d’animaux sauvages qui ne pourraient survivre en milieu agricole. Les tourbières emmagasinent les eaux comme une éponge et les épurent comme un bio-filtre. Elles jouent un rôle déterminant au niveau du contrôle des inondations, de la réduction de l’érosion et du maintien de la qualité de l’eau et de la recharge des nappes d’eau souterraines.

Les causes de la déforestation accélérée, principale menace des espèces indigènes

Michel Lebœuf, auteur et biologiste renommé, dans son Québec en miettes identifie quatre causes majeures à la destruction des habitats :

  1. Le développement urbain non contrôlé et la déforestation accélérée qu’il entraine.
  2. La pression énergétique : extraction et utilisation croissante des combustibles fossiles, transport en tête.
  3.  Les invasions d’espèces exotiques envahissantes qui prennent la place des indigènes
  4. La pression de dégradation : pollution des sols, de l’air et de l’eau qui affecte toutes les formes de vie indigènes, des insectes pollinisateurs aux papillons et oiseaux, comme partout au monde et en Europe, car 60% des espèces animales ont disparu en un siècle! C’est terrible!
Crédit photo Anny Schneider « Putois victime de la route »

Pendant longtemps, les besoins en bois de chauffage domestique, l’agriculture de grande surface, la construction des maisons et l’élevage à petite et grande échelle constituent les premières explications à la diminution des forêts, et l’accroissement des populations et de leurs besoins énergétiques, ont réussi à éradiquer la moitié des forêts du monde en un peu plus d’un demi-millénaire, au sud du Canada compris.

L’Abbé Ernest Benoît de Rimouski a d’ailleurs écrit : « Lorsque le roi de France concédait des Seigneuries, il se réservait tout le bois de chêne pour la quille et la mature des navires. Sous le régime anglais qui marqua au Québec l’arrivée des premières grandes sociétés forestières britanniques, notamment à Trois-Rivières où La Price s’établit dès 1800, la coupe de bois devient alors systématique, draconienne. Mais le chêne se faisant plus rare, ce furent les belles pièces de pin et d’épinette qui prirent le chemin de de l’Angleterre pour la marine de sa Majesté en guerre contre Napoléon etc. >>

Le début de l’ère industrielle a diminué l’utilisation du charbon de bois comme combustible, pour être remplacé par les fossiles que sont le charbon, le gaz ou le pétrole, mais toutes les résultantes conjuguées de ces dépenses énergétiques affolantes ont généré des substances toxiques volatiles dont les GES, qui menacent directement la santé des arbres avec les rejets noirs et poisseux au sol et par les pluies acides qu’elles génèrent, entre autres irritants…

Aussi, la surconsommation de nourriture et les besoins supplémentaires côté agriculture qui y sont associés, diminuent les habitats naturels de la flore indigène. L’élevage, n’est pas en reste, surtout celui pratiqué par les éleveurs qui entassent des mégas-troupeaux de bovins ou de porcs malheureux dans des espaces fermés, et dont les déjections souillent en plus les eaux douces riveraines.

La pollution, en augmentation partout, la sécheresse due au réchauffement climatique, la surpopulation endémique, l’urbanisation qui a augmenté de 50% en un siècle, l’agriculture intensive, l’industrialisation des pratiques forestières et même le tourisme de masse sont donc des facteurs conjoints qui minent gravement ce qui reste des habitats sauvages.

Important ce joli rappel de Michel Lebœuf dans ses Paroles d’un bouleau jaune :

  « Tu n’es pas un individu, tu es toi-mêmeun écosystème«  car, dans la nature, toutes les formes de vie sont interdépendantes.

Outre le plancton marin – détruit à 50% sur la planète en deux siècles à peine –, les arbres et surtout les feuillus restent les meilleurs pourvoyeurs d’oxygène. Ce sont les arbres âgés et encore une fois surtout les feuillus qui font les sols les plus riches et les plus biodiversifiés, avec par exemple jusqu’à cent espèces de champignons et espèces vivantes, des nématodes aux rongeurs, qui peuvent coloniser un seul bouleau jaune centenaire.

Effectivement, si on la laisse pousser en paix, la forêt grandit, se multiplie, évolue et s’enrichit d‘elle-même en espèces diverses comme en taille.

Avec l’aide d’experts, on peut néanmoins lui donner un petit coup de pouce par le jardinage forestier intelligent, et y introduire plus d’espace et de lumière, y remplacer quelques-unes des espèces perdues, arbres ou plantes indigènes originelles, surtout dans les boisés du sud du Québec, très appauvris par l’urbanisation sans vision holistique et l’agriculture intensive subventionnée.

Au début du siècle dernier, la forêt québécoise, déjà passablement endommagée depuis le début de la colonisation, comptait deux fois plus d’arbres âgés qu’aujourd’hui, mais l’expansion des villes comme Boston ou New York, Montréal et Toronto, ont nécessité ce qui restait de bois adulte.

Actuellement, les usines de transformation du bois en sont réduites à importer les bois durs comme le chêne et même l’érable, qu’elles utilisent en couche de recouvrement de plus en plus minces vu leur coût, et ils doivent même acheter des Américains du bois de remplissage comme les bouleaux jaunes (l’emblème du Québec!), de grande taille, désormais presqu’introuvables ici.

Dans les monocultures d’épinettes et de pins rouges cultivées, surtout destinées à la construction et à la pâte à papier, la tordeuse et d’autres ravageurs ont détruit des millions d’hectares de forêts. La preuve est probante que les forêts mixtes naturelles et biodiversifiées sont naturellement épargnées par ces ravageurs.

Crédit photo Anny Schneider , Bois coupé

Protéger la forêt, c’est préserver la biodiversité

« Quelle est la pilule qui nous gardera tous bien portants, contents et sereins? Ni celle de mon ou ton arrière-grand-père, mais les remèdes universels, essentiellement végétaux, de notre arrière-grand-mère la Nature« 

Michel Lebœuf, Paroles d’un bouleau jaune

En s’appropriant la vie de la plante par la cueillette, pour nourrir ou sauver la nôtre, il faut le faire avec discernement, reconnaissance et le plus grand respect tout en offrant notre gratitude – si ce n’est un peu de tabac, comme bien des cueilleurs des premiers peuples le font. Offrir un merci, une prière ou encore dégager la plante utile des plantes parasites proches, de celles moins utiles qui leur font de l’ombre, des branches pourries qui les entravent…

Encore mieux, défendre leur habitat avec une lettre ouverte, voire une manifestation dans la rue, voire une pétition parfois, car précieuse est la moindre forêt biodiversifiée encore debout de nos jours !

La demande et la vente de produits de santé naturels étant en croissance de 20% par an partout en Occident, côté flore sauvage médicinale aussi, c’est un secteur convoité et prometteur. Prendre soin de nos écosystèmes et des plantes sauvages pour pouvoir profiter éthiquement de leurs bienfaits est une bonne idée, à condition que leur cueillette soit mieux règlementée, la quasi-éradication de l’ail des bois et du ginseng étant des exemples-repoussoirs à ne pas répéter.

Malheureusement, il n’existe presque plus de recoins inexplorés. Outre la protection des écosystèmes qui restent, les solutions qui restent sont la plantation d’arbres et d’espèces indigènes connexes. Toutefois, comme les arbres, les plantes vivaces indigènes mettent jusqu’à dix ou quinze ans à se reproduire et cela uniquement dans des conditions similaires à leur habitat originel, et à condition de pousser en colonie de plusieurs centaines d’individus, un peu comme les animaux et les êtres humains, pour éviter la consanguinité.

Il existe plusieurs associations de jeunes producteurs cueilleurs qui travaillent avec un code éthique et des pratiques écologiques valables, qui comprennent également la démultiplication des espèces menacées. On dénombre également quelques pépinières éthiques qui se soucient de la culture écologique et qui proposent la protection et la démultiplication de la plupart de ces plantes rares et précieuses. En un siècle à peine, de l’ère dite agro-industrielle, dans notre Occident nordique, 85% des écosystèmes sauvages originels ont été détruits et 50% de toutes les espèces d’animaux, d’arbres et de plantes sauvages ont été anéanties. (Et pourtant aujourd’hui, seul 10% du territoire est officiellement protégé, région arctique comprise, et seulement 0.21% du budget provincial actuel est dédié à la protection de la biodiversité et de l’environnement!).

Pour nous herboristes qui les connaissons bien, les plantes indigènes rares qui restent doivent être mieux connues et de ce fait, mieux respectées, protégées et défendues avec passion, voire cultivées avec diligence, comme le fait depuis plus de 30 ans mon ami et acolyte photographe dans ce livre, Denis Gref.

Par ailleurs, pour les plantes indigènes qui sont encore là en abondance, leur présence mérite d’être honorée, parfois par l’observation attentive, la prise de photo et le silence admiratif, sinon en se limitant au minimum de prélèvements et cela, uniquement à bon escient, pour préserver l’espèce ou pour soigner nos semblables

CODE D’ÉTHIQUE DU CUEILLEUR EN NATURE SAUVAGE

1Que là où tu passes, tu laisses le moins possible de traces.
2Que tu t’assures toujours d’être autorisé à cueillir là où tu es, avec l’accord du propriétaire (sauf en cas d’accident, d’urgence ou pour la survie).
3Que ton lieu de cueillette soit bien situé, loin de tout miasme ou polluant, qu’il soit d’origine humaine ou animale.
4Que tu ne touches à peu près jamais aux plantes indigènes rares, dans le respect de la biodiversité et du patrimoine collectif commun.
5Que tu épargnes le plus possible les parties reproductrices : fleurs, graines, fruits, racines ou sinon, que tu te limites à un ratio maximal d’un plant sur vingt et ce, uniquement dans un contexte d’abondance ou pour les sauver en les transplantant. (ex : chantier immobilier).
6Que tu choisisses toujours le moment le plus favorable de la journée et de la saison, pour ainsi bénéficier des qualités optimales de l’être végétal.
7Que tu agisses toujours consciemment, dans un esprit de reconnaissance et de respect pour Mère nature si généreuse, sans oublier de saluer l’égrégore des lieux et de l’espèce elle-même, ni la gratitude pour le Créateur de toutes ces merveilles.
8Que tu récoltes seulement que ce dont tu as vraiment besoin pour toi et tes patients. Ainsi, n’oublies pas que les insectes, les papillons, les herbivores et nos descendants, ont autant le droit que nous, de bénéficier de leurs nutriments et de leurs vertus.
9Que tu altères le moins possible les propriétés de la plante et qu’idéalement, par le mode de transformation choisie, tu en décuples les vertus (TM, élixirs, homéo) et que tu n’en stockes jamais inutilement.
10Que tu enseignes tous ces préceptes à tes apprentis, avec justesse, délicatesse et discernement, pour éviter d’altérer la tradition, autant que toute atteinte au patrimoine sauvage.
11Que tu fasses ta part pour épargner le patrimoine sauvage médicinal, tout en favorisant la propagation des spécimens, autant en milieu sauvage qu’en les cultivant selon les normes biologiques, sinon en encourageant toutes celles et ceux qui le font dans notre réseau. Idéalement, choisis uniquement les pépinières qui ont une méthode de production biologique et de vente éthique et écologique, surtout en ce qui concerne les plantes indigènes rares.
12Que tu fasses ton travail dans un esprit d’émerveillement et de reconnaissance profonde pour toutes ces merveilles dont nous ne que sommes les interprètes fugaces, détenteurs et passeurs de ces connaissances millénaires, vitales pour l’humanité depuis l’aube des âges humains.

Législation et protection des plantes indigènes rares

La seule protection officielle des espèces rares est la Liste des espèces floristiques et fauniques susceptibles d’être désignées menacées ou vulnérables émise par le ministère de l’Environnement du Québec.

À noter que plusieurs espèces visées sont décrites dans cet ouvrage et leur cueillette doit être évitée, mais leur protection et leur culture écologique évidemment sont fortement encouragées.

Crédit photo Anny Schneider, Panax trifolius

Loi sur les espèces menacées ou vulnérables

Cette loistipule que nul ne peut, à l’égard d’une espèce floristique menacée ou vulnérable :

  1. Posséder hors de son milieu naturel, récolter, exploiter, mutiler, détruire, acquérir, céder, offrir de céder ou manipuler génétiquement tout spécimen de cette espèce ou l’une de ses parties, y compris celle provenant de la reproduction. (Article 16)
  2. Exercer sur son habitat une activité susceptible de modifier les processus écologiques en place, la diversité biologique présente et les composantes chimiques ou physiques propres à cet habitat. (Article 17)

Espèces indigènes médicinales menacées ou vulnérables

Une espèce est menacée lorsque sa disparition est appréhendée et vulnérable lorsque sa survie est précaire même si sa disparition n’est pas appréhendée.

Tableau : Liste des espèces indigènes médicinales vulnérables

  1. Adiante du Canada
  2. Ail des bois* 
  3. Asaret du Canada
  4. Dentaire à deux feuilles
  5. Dentaire géante
  6. Lis du Canada
  7. Matteuccie fougère-à-l’autruche
  8. Panax quinquefolius (Ginseng du Québec)
  9. Sanguinaire du Canada
  10. Trille blanc
  11. Uvulaire à grandes fleurs

*  L’ail des bois fait partie des espèces dites « vulnérables à la récolte », c’est-à-dire que la cueillette exerce une pression pour sa survie en raison de sa valeur commerciale sur les marchés de l’alimentation et de l’horticulture. Les interdictions de cueillette concernent la récolte de plus de 5 spécimens entiers ou parties souterraines de l’une de ces espèces, ou encore le commerce de tout spécimen récolté à partir d’une population sauvage.

Note des auteurs : C’est bien sûr souhaitable que cette liste existe et qu’elle soit accessible au grand public. Néanmoins, dans la réalité, on manque d’outils, de subsides et surtout d’inspecteurs qualifiés, mais aussi de volonté politique pour réglementer les cueillettes illégales dans les faits. Dans la région où nous vivons, moi-même et Denis Gref, le photographe officiel de ce livre et passionné des plantes indigènes menacées et vulnérables, les ravages continuent, ignorés des autorités, qui même parfois les perpètrent elles-mêmes! Mais, pour nous, ce sont des raisons de plus pour continuer à décrire, défendre, démultiplier, raconter et répertorier les dernières merveilles indigènes qui restent!

Mes chers ex-compatriotes français : que vous en fassiez autant de votre côté, car étudier, observer, décrire, utiliser et protéger les plantes sauvages utiles, c’est aimer la vie et tout ce qui en découle, nos héritiers humains y compris!

Extrait abrégé de mon dernier ouvrage : Plantes médicinales du Québec et du Sud-est du Canada, Éditions de l’Homme, août 2020

Anny Schneider, autrice, chroniqueuse et herboriste thérapeute accréditée, Waterloo (hé oui!), Québec, Canada

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La carotte sauvage ou cultivée

En septembre, pour conserver votre beau bronzage de l’été et détoxifier votre foie ,je vous invite à découvrir la carotte et ses usages en aromathérapie et herboristerie traditionnelle.

Crédit photo Laurence
Fleur de carotte sauvage

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Raconte-moi la carotte !

Bonne lecture

Laurence

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Portrait de l’approche herboristique typiquement québécoise

Décrire les plantes médicinales spécifiquement indigènes du Québec, pourquoi ?

Alsacienne errante accueillie dans la « Belle province«  il y a presque quarante ans, j’ai eu le temps et fais le choix d’étudier l’herboristerie, d’identifier, de raconter et d’utiliser la matière médicale bien vivante d’ici. Dans ce livre, mon sixième à ce jour, je raconte avec des faits, des images et quelques recettes, les spécifications des arbres et plantes médicinales et nutritives du Québec et du Sud-est du Canada.

En voici quelques courts extraits.

L’utilisation des plantes sauvages, d’hier à aujourd’hui 

Depuis toujours, partout sur terre, les plantes qui nourrissent et qui soignent font partie du quotidien de l’humanité. D’où que nous venions, nous, êtres humains, avons été des nomades chasseurs, cueilleurs et pêcheurs, et ce, depuis près de 3000 générations. Sans les plantes qui nourrissent et qui soignent, nous n’aurions certainement pas survécu.

Nécessité faisant loi, une bonne connaissance de la nature et de ses ressources fut et reste un impératif pour celles et ceux qui doivent se fier avant tout à elles pour vivre et survivre. Étant proches de la nature, les autochtones, premiers peuples d’ici, chasseurs-cueilleurs et nomades depuis des millénaires, étaient et sont toujours des experts dans l’art de vivre en harmonie avec la nature. Pour eux, se nourrir et se soigner avec les plantes est tout naturel.

La saison des récoltes des plantes comestibles en zone boréale s’étire à peine sur 65 jours par an. Même dans une forêt boréale relativement intacte, les plantes à elles seules ne suffisent pas pour survivre. Sans source de feu ni couteau, ni expérience du territoire, il serait impossible de survivre dans la forêt nordique plus de deux semaines, même l’été. Pour y arriver, il faut aussi maîtriser l’art de la chasse et de la pêche.

Donc, durant des millénaires, les hommes ont été surtout des pêcheurs et des chasseurs ; les plus habiles et musclés étaient les plus valorisés. Quant aux femmes, elles étaient des cueilleuses averties, sachant reconnaître les plantes les plus nourrissantes et soignantes grâce aux aînées qui transmettaient leurs connaissances par élection ou filiation.

Comme elles étaient plus sédentaires, restant dans les grottes, huttes, tipis ou maisons-longues pendant que les hommes partaient chasser en groupes parfois durant des semaines, les femmes prenaient soin des aînés, des enfants et des malades, ayant surtout recours aux plantes pour ce faire. Ce sont les mères originelles de l’agriculture. Même les déesses grecques et romaines l’attestent : Cérès, Déméter, Flora, Pomona…

Ainsi, l’herboristerie est-elle l’approche thérapeutique de la plus vieille médecine du monde, pratiquée encore aujourd’hui par les trois quarts des êtres humains de la planète, surtout dans l’hémisphère Sud, mais elle revient à la mode partout, y compris en Occident. 

Comme M. Jourdain, le héros du Bourgeois gentilhomme de Molière, qui faisait de la prose sans le savoir, nous avons tous, chaque jour en Amérique, recours à l’herboristerie pour nous nourrir et nous soigner, sans nécessairement connaître l’histoire et l’origine de la phytothérapie. Pommade à la gaulthérie, jus de canneberge, purée de citrouille, tisane à la menthe, sirop au sapin, salade de tomates, huile ou pain de maïs, etc. : de l’armoire à pharmacie jusqu’à l’assiette, tout cela relève de l’herboristerie et de la phytothérapie issues de la nature et de la culture nord-américaine, appliquées au quotidien que ce soit pour servir de base alimentaire et donner plus de goût aux aliments que pour s’assurer d’une bonne santé générale.

Mes contacts avec des passionnés issus des Premières Nations

Certains voient peut-être dans les ouvrages comme celui-ci une forme d’appropriation culturelle. Personnellement, je ne me sens coupable d’aucune faute, car j’ai choisi de décrire les plantes indigènes avec mon cœur et mon regard d’herboriste-thérapeute de quarante ans d’expérience, et je le fais avant tout par amour pour elles, par souci de leur protection et pour la sauvegarde des écosystèmes.

N’étant pas une spécialiste des cultures et cosmogonies des Premières Nations du Québec et du Canada, je partage néanmoins avec elles leur vénération pour la nature et pour chaque être vivant, animaux et plantes. Chaque espèce est une création unique et sacrée du Grand Esprit, ou Tshishe Manitu, ou Wakan Tanka, etc., quel que soit son nom selon les peuples et les cultures.

                                                                        Dessin Hélène Mathieu

J’ai d’ailleurs eu la chance d’avoir, au fil des ans, des échanges probants avec certains membres de ces peuples. Il y a vingt ans déjà, grâce à Sonia Robertson, art-thérapeute et herboriste innue, j’ai participé à établir les jalons du Parc sacré de Mashteuiatsh avec des aînés et des passionnés d’herboristerie de quatre générations. Le regretté Moïse, un vieux sage révéré de la communauté, m’avait d’ailleurs offert un cadeau honorifique : une plume d’aigle !

Plus tard, j’ai herborisé en anglais avec des amateurs de plantes et plusieurs kukums de Mastheuiatsh(femmes aînées et sages) mohawks de Kahnawake, découvrant avec eux la richesse des variétés botaniques de leur territoire du sud du Québec, hélas réduit à une part congrue, comme leur territoire.

Aussi j’ai répondu plusieurs fois à l’invitation de mes amis, des animateurs respectés par leurs collègues et les hommes,  tous d’origine autochtone, détenus dans des pénitenciers fédéraux : Robert Seven Crows et Johanne Pawnee. À humer et revoir des images des arbres et plantes des territoires nordiques, ils étaient fort touchés par les réminiscences des héritages reçus sur le monde végétal par des proches et ainés.

En Estrie depuis 40 ans, d’ailleurs un territoire non cédé Abénaki, j’ai déjà eu l’honneur de rencontrer plusieurs fois la kukum et conteuse Nicole Obomsawin et même, lors d’un colloque de la Guilde des herboristes, de partager la scène avec Michel Nollet-Durant, l’herboriste-auteur de sa communauté d’Odanak.

Lors d’ateliers, de colloques, et même dans les bois, en tête-à-tête et en groupe, j’ai aussi eu de nourrissants échanges avec Isabelle Kun-Nipiu Falardeau, alias La Métisse, jeune herboriste déjà réputée. Ses cinq livres sont cités dans ma bibliographie, de même que certains détails dans mes monographies. Elle bénit par ces mots le présent livre et je l’en remercie : « Un merci sincère à Anny Schneider qui met tout son cœur à la protection des forêts et des plantes indigènes du Québec. La Terre a grandement besoin de plus d’êtres humains qui l’aiment, que l’on vienne d’ici ou d’ailleurs. Paix. »

Origines historiques et racines de l’herboristerie québécoise

Les remèdes de bona fama, c’est-à-dire de bonne renommée (et non pas de bonne femme !), ont perduré et souvent constitué le seul recours thérapeutique, surtout dans les lieux reculés de cette vaste province, où bien souvent il n’y avait aucun médecin.

photo Anny Schneider

Durant un siècle au moins, dans le Québec du XIXe siècle, on assista à l’application pratique d’un courant de pensée du nord des États-Unis, importé par les anglophones royalistes immigrés et de ladite « Société médicale réformée« . On les appelait aussi « les Éclectiques », et ils préconisaient une médecine naturelle « hygiéniste » et naturaliste inspirée de l’herboristerie et des pratiques de guérison des Autochtones d’Amérique du Nord.

Après la victoire des Britanniques et la guerre de Sécession immigrèrent du sud du continent des anglophones loyalistes, férus de jardinage et de botanique. Depuis le XVIIe siècle, les Éclectiques avaient presque réussi à en faire la médecine officielle du Nouveau Monde. Hélas, les académiciens et les ecclésiastiques de l’élite ont fait gagner les« réguliers » et évincé, ou du moins discrédité ces pratiques, participant ainsi au déclin officiel de la médecine naturelle nord-américaine.

Toutefois, grâce à des hygiénistes, à des naturopathes et à d’autres herboristes comme Samuel Thompson, Jethro Kloss et James Kellogg, et une longue liste d’auteurs et d’herboristes anglophones nord-américains, ces approches alternatives ont perduré, autant par la pratique que par les nombreux livres publiés jusqu’à aujourd’hui.

Chez les francophones aussi, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, l’herboristerie est restée très vivace dans la Belle Province, entre autres grâce à L’Almanach du Peuple, vendu à plus de 100 000 exemplaires chaque année, qui proposaient de nombreuses recettes de remèdes à base de plantes, facilement accessibles aux campagnards, dont certaines sont toujours utilisées.

Dans les bibliothèques des couvents, par exemple aux Archives de l’Université Laval, outre un herbier de 150 000 planches, dont certaines ont été rassemblées par l’immense frère Marie-Victorin et d’autres botanistes, il existe des centaines de manuels d’herboristerie. Y sont consignées plus de 40 000 recettes traditionnellement utilisées par les Québécois francophones de 1830 à 1950. N’oublions pas non plus la superbe, multilingue et riche bibliothèque du Jardin botanique de Montréal !

Heureusement, il existe aujourd’hui de plus en plus d’initiatives, d’échanges, de lieux de diffusion, de livres et même des sites répertoriant les rituels et les usages des plantes, issus des pratiques autochtones effectuées, transmises et/ou rédigées avec ou par des Autochtones du Québec et d’ailleurs en Amérique du Nord.

Je pense, entre autres, aux travaux menés chez les Cris par le professeur Pierre Haddad et ses collaborateurs, dont plusieurs guérisseurs cris, sur les plantes contre le diabète, un fléau dans le Nord. Il faut aussi mentionner le superbe recueil botanique et médicinal trilingue (français, inuktitut, anglais) de MM. Blondeau, Cuerrier et Roy, Plantes des villages et des parcs du Nunavik. Il me vient enfin à l’esprit un livret sur les plantes, rédigés par des botanistes et des tradipraticiens innus de Mashteuiatsh. Il existe néanmoins, en anglais surtout, mais aussi dans des langues autochtones, plusieurs essais et  recueils sur l’approche traditionnelle de la médecine par les plantes chez les Premières Nations.

Je me dois de citer les cinq ouvrages de La Métisse (Isabelle Kun-Nipiu Falardeau), auteure de la collection « Usages autochtones des plantes médicinales du Québec »

Portrait concis de l’herboristerie québécoise contemporaine

Actuellement, côté plantes indigènes de cueillette et production éthique de bonne qualité, partout au Québec prospèrent les herboristeries artisanales et les magasins naturels, qui, grâce aux clients de plus en plus curieux, informés et nombreux, nous offrent des choix de plantes de plus en plus étendus et variés, et c’est tant mieux pour notre santé!

 À l’instar de tous les Occidentaux, 75% des citoyens québécois ont régulièrement recours aux plantes médicinales. Aussi, de 2010 à 2020, en Amérique du Nord, la culture, la consommation et la vente de plantes médicinales ont crû d’environ 5.5% par an, suivant la tendance des recettes mondiales qui frôlaient en 2019 les 130 milliards $US par an et qui devraient quadrupler d’ici 2023 !

Au Québec, en 1995, à l’initiative de quelques expertes des plantes qui soignent, est née la Guilde des herboristes. Issues de tous les horizons, auteures, chercheuses, enseignantes, jardinières et thérapeutes se sont réunies pour témoigner de la vitalité de l’herboristerie québécoise et en défendre les bien-fondés. En effet, pour des motifs socioculturels intéressants à analyser, 90% des 400 membres sont des femmes. Notre association inspire même les Français dans leurs projets de revitalisation des métiers de l’herboristerie. Chaque année, notre colloque, le Festi-Herbes devenu le Symposium Médecine de la Terre, ainsi la fête de la Plante de l’année rassemblent des milliers d’amateurs-amatrices des plantes qui soignent.

Mélanges d’approches, de cultures et de langues minoritaires en Amérique (autochtones et française), par-delà les influences des Éclectiques américains et du House and Country Living britannique, l’herboristerie québécoise est unique en son genre et mérite largement sa place dans le matrimoine thérapeutique et culturel canadien. On n’a pas fini d’entendre parler des multiples bienfaits des plantes qui soignent, foi d’herboriste bien enracinée dans la relève québécoise, incluant les cultures et les personnes amoureuses des plantes de toutes les origines, Dieu merci, de plus en plus nombreuses !

Dessin d’Emile Schneider  » la femme des bois »

Abrégé tiré de mon tout dernier ouvrage : Plantes médicinales du Québec et du Sud-est du Canada Éditions de l’homme, Montréal, août 2020.

À suivre, le mois prochain…Avec un portrait de l’écologie botanique typique d’ici.

Cordialement à vous, compatriotes éveillé(e) s de ma chère et si belle vieille France !

Anny Schneider, autrice et herboriste-thérapeute accréditée par la Guilde des herboriste s du Québec

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Huile essentielle de Patchouli

Un petit trésor pour les jambes lourdes et la rétention d’eau, sans oublier le parfum suave de nos années hippies !!!!

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