Un palmier de Guyane qui sert à tout ! L’AWARA

palmier awara

Les palmiers sont les poumons de la Guyane. Partout, au milieu des sous-bois, dans la canopée, grandissant dans un sol pauvre et sans humus, on retrouve des palmiers, arbres emblématiques de l’Amazonie.

Ces arbres dont la vocation première est de développer des feuilles plutôt que des troncs, mais aussi des fruits, représentent un véritable grenier alimentaire pour nourrir les petits mammifères des sous-bois (agouti, sapajou) tout au long de l’année.

La majorité des palmiers s’élance vers le ciel pour capter un peu d’énergie lumineuse. Les feuilles restent pendantes pour résister à la chaleur.

Un des palmiers les plus connus en Guyane est l’AWARA ( Astrocaryum vulgare )

Mais qui est cet Awara ?

L’Astrocaryum vulgare est un palmier épineux de 15 à 25 mètres de haut, qui porte des fruits globuleux de couleur jaune-orangée. On le nomme Awara en Guyane et Tucuma au Brésil. Il fait partie de la famille des Arecaceae (palmaceae). C’est un palmier épineux très fréquent en zone dégradée mais absent de la Guyane méridionale. Il aime les sols sableux ou argileux bien drainés, surtout le long du littoral guyanais.

Pour les guyanais, il est porteur de nombreuses richesses : un usage alimentaire (pulpe et noyau du fruit, bourgeon terminal, spadice), un usage médicinal (amande et pulpe du fruit, racines), un usage artisanal (stipes, feuilles et fibres).

Dans l’alimentation, le bourgeon (chou) ou cœur de palmier est consommé en salade, la pulpe rouge-orangée du fruit est utilisée comme pâte dans le bouillon d’Awara (sorte de pot au feu) qui est servi à Pâques et selon la légende : celui qui a partagé ce bouillon reviendra dans le pays. Elle sert pour réaliser une huile de table exceptionnellement riche en acide oléique, pour s’inclure dans des confitures, liqueurs, glaces et autres desserts. L’amande du fruit bien séchée donne naissance à une huile médicinale traditionnelle (le tchô-tchô). Les racines jouent le rôle de dépuratifs.

Avec le stipe et les feuilles, le guyanais construit sa case, aménage les nattes, fabrique des balais et de la vannerie, sans oublier les chapeaux pour se protéger du soleil. Le stipe peut également servir de combustible.

L’Astrocaryum vulgare a une fructification de janvier à juillet. Son tronc recouvert d’épines dissuade les ravageurs de s’attaquer aux fruits, par contre leur étape finale de mûrissement se fait après leur chute de l’arbre, directement au sol.

Les vertus médicinales du fruit de l’Awara :

awara

Utilisation de l’huile de pulpe à visées alimentaire et thérapeutique :

Cette drupe ovoïde donne une huile composée d’une fraction glycérique comportant 74% d’acides gras insaturés dans sa pulpe et uniquement 16% dans son amande. La fraction insaponifiable est représentée par des stérols, des tocophérols et des tocotriénols, des caroténoïdes et des alcools triterpéniques.

De par cette extrême richesse en caroténoïdes (en particulier la provitamine A), la pulpe du fruit est utilisée pour « soigner » les différentes pathologies oculaires de la population (xérophtalmie, troubles visuels, hypersensibilité à la lumière, lésions …).

L’huile de pulpe est un réservoir de richesse en acides gras insaturés qui jouent un rôle important au niveau cellulaire, assurant la fluidité et souplesse membranaire, renforçant la résistance et l’élasticité de la peau pour prévenir le vieillissement cutané.

En conséquence, on retrouve également de l’huile de pulpe hors du cadre alimentaire, car elle est incorporée soit dans des savons, soit dans des produits cosmétiques.

Molécules actives contenues dans la fraction insaponifiable de l’huile de pulpe :

Les stérols identifiés dans l’huile de pulpe de l’Awara sont principalement du campestérol, du stigmastérol, du bêta-sitostérol, du fucostérol … des alcools triterpéniques du type cycloarténol, molécules qui possèdent des propriétés antiinflammatoires.

Ils agiraient sur le système immunitaire par diminution de la réponse inflammatoire en inhibant la libération des cytokines pro inflammatoires.

 

Des tocophérols et des tocotriénols, antioxydants lipophiles qui limitent les dommages tissulaires et favorisent les réponses du système immunitaire.

Des caroténoïdes en grande concentration (huile et insaponifiable) qui entraînent une diminution de l’afflux de cellules inflammatoires vers les tissus fragiles, en particulier vers le poumon.

Utilisation de l’huile d’amande :

Cette huile que l’on appelle tchô-tchô est très épaisse et on l’utilise pour les problèmes inflammatoires cutanés (furoncles, abcès …). Après chute des fruits, ils sont mis à sécher deux mois, les amandes sont récupérées délicatement, mises à tremper environ 3 jours dans de l’eau puis déposées à sec dans une marmite chauffant à feu doux.

Petit à petit, l’huile d’amande va s’écouler en applications locales pour traiter les furoncles, soit pour les pathologies buccales. Frictionnée sur le corps elle repousse les pics de fièvre, frottée sur le ventre, elle sert à « éliminer » les vers en les faisant descendre.

Sa teneur en stérols (portion insaponifiable) permet de comprendre les vertus relaxantes et antirhumatismales de cette huile.

Pourquoi ?

Les phytostérols, les acides terpéniques …  présentent une régularité de distribution et un effet régulateur dans l’activité des enzymes antioxydantes.

Des extraits de poudre d’amande ont permis de montrer l’effet bactéricide de cette partie du fruit de l’Awara, action contre le staphylococcus aureus, le staphylococcus epidermis et le streptococcus B.

Un effet anti-élastase a également été mis en évidence à 73% pour l’huile d’amande et à 100% pour l’huile de pulpe.

D’autres intérêts en prévention santé ?

Des études faites en collaboration avec des vétérinaires ont permis de mettre en évidence une augmentation de la mobilité chez des chiens souffrant d’arthrose. Une diminution du poids et un retour à un contour normal de la prostate chez des chiens âgés atteints d’hypertrophie bégnine de la prostate.

En résumé, un fruit très porteur mais n’étant pas exploité pour ses qualités médicinales.

Pourquoi ?

La Guyane est censée être un département français, les pharmacopées traditionnelles constituent un recours médical non onéreux pour les populations locales mais si l’industrie pharmaceutique s’intéresse à une plante traditionnelle, elle rédige un brevet qui bloque l’exploitation de cette ressource par les populations autochtones.

Cathy

fruit awara

 

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3 commentaires pour Un palmier de Guyane qui sert à tout ! L’AWARA

  1. Agnès dit :

    Merci Cathy, c’est passionnant.
    Ta dernière question et sa réponse me désespèrent un peu….
    Qu’est-ce qu’un effet anti-elastase?

    Aimé par 1 personne

    • Je vais répondre Cathy, qui est pas trop disponible en ce moment .
      Je pense que l’effet anti-elastase est une action sur l’élastase qui une enzyme du type protease qui catalyse ( détruit) l’élastine qui avec le collagène donne l’élasticité des tissus conjonctifs.

      J'aime

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